La ville de l’éternel printemps, Kunming, dans le Yunnan n’a pas grand chose pour nous séduire. En fait, la ville est en pleine mutation. Même si le parc est plutôt sympa, la construction du métro (bienvenu le métro !) gâche un peu la balade dans cette ville immense.

Ce qui est pénible en Chine, pour nous, pauvres touristes que nous sommes, c’est que rien n’est accessible facilement. On passera une matinée à chercher un pauvre temple à entrée hors de prix pour le Chinois moyen. On passera la matinée du lendemain à essayer d’accéder à Shilin, la forêt de pierre avant d’enfin y arriver, payer une somme hallucinante pour pas grand chose et la pluie en prime.

Décidément, Kumning ne nous aura pas séduit, et ce n’est pas la bonne cuisine qui nous réconcilie avec la ville : des soupes de nouilles assez banales et épicées auront raison de nous…

Bon anniversaire Viv, à Kunming, tu auras droit à un vin chinois à 4% ressemblant plus à un jus de raisin pas bon qu’autre chose, une petite patisserie trouvée miraculesement dans une superette, une bougie et au lit !

Pas grave, nous partons pour Dali, la vieille ville, pas la nouvelle, copie conforme de Kunming ou autre ville banale de Chine. Dali vieille ville est à taille humaine, avec des habitations à l’ancienne, conservées au fil du temps ou rénovées pour le plus grand bonheur des touristes (surtout Chinois les touristes). Enfin un peu de calme dans ce village où la voiture et le scotter ne sont pas rois. Nous pouvons déambuler tranquillement à notre rythme dans les petites rues sinueuses de Dali. Notre coup de coeur en Chine, c’est ici que nous l’avons eu, facile d’échapper aux touristes en prenant les petites rues, on découvre une autre Chine, un autre rythme. Des sourires, des regards étonnés, les Chinois nous accueillent chacun à leur façon.

Nous restons 3 jours à Dali, charmés par la ville, mais tout de même pas décidés à payer le prix fort pour chaque petite attraction. De toute façon, la ville est un musée à elle seule.

Mais tout a une fin et le temps commence à nous manquer, dans ce pays, où, justement, il faut prendre son temps parce que de toute façon, pas le choix !

Nous devons nous rendre à Xian. Et pour rejoindre Xian de Dali, croyez moi, c’est le parcours du combattant.

Premier train de 6h jusqu’à Kunming, de là nous espérons avoir un train pour Xian (je rappelle qu’on ne peut acheter un billet de train que dans la ville de départ, ce qui fait que ce genre de correspondance est assez téméraire, voire inconsciente !)

Coup de poker gagnant, un train pour Xian (l’unique) part dans une heure. Nous prenons des billets, mais bien sûr en les prenant à la dernière minute, il n’y a plus de places en couchettes. Nous serons donc assis. Rien d’exceptionnel me direz-vous.

Mais avez-vous déjà passé 35h, assis, dans le même train avec une Chinoise pas sympa qui met ses pieds sur vous la nuit pour dormir ?

Non.

Bah nous, oui.

Pour vous donner une idée, 35h de train en Chine, ça veut dire deux nuits et une journée entière, assis à 90°. La nuit, on essaye de trouver des places libres pour s’allonger, et dormir malgré le bruit, les arrêts brutaux, des gens qui montent et qui descendent, la lumière toujours allumée, les enfants qui pleurent ou qui s’amusent avec un sifflet à eau, les vendeurs ambulants qui passent avec leurs charriots jusqu’à minuit et leurs boniments en chinois (très fort parce qu’un Chinois ça parle très fort). Il paraît évident que si tu n’as pas acheté ton yoyo à 19h, t’auras sans doute envie à minuit.

35h de train, ça permet d’apprendre à mieux connaître et comprendre les Chinois. On finit par comprendre que si la Chinoise met ses pieds sur moi pour dormir, c’est pas pour m’embêter, c’est juste qu’elle estime que ça ne me dérangera pas puisqu’elle-même me propose d’étaler mes jambes auprès d’elle. Elle nous proposera d’ailleurs à manger à plusieurs reprises.

Quand un Chinois fait l’aquisition d’un lecteur dvd old school, il en fait profiter à tout le monde, au sens propre du terme : rapidement, un petit groupe est agglutiné autour de l’écran et ils regardent tous ensemble un film.

Si les enfants peuvent siffler jusqu’à pas d’heure, c’est peut-être aussi parce que ce sont des enfants uniques, et ils sont tellement adorables à nous regarder avec de grands yeux intrigués !

Dans tout ça, on rencontre deux Chinois, étudiants en aéronautique, très sympas qui parlent un peu anglais et qui viennent discuter avec nous. Nous échangeons sur nos vies respectives. Ça les amuse de savoir que nous trouvons que manger avec des baguettes, c’est pas facile, alors qu’ils trouvent qu’un couteau et une fourchette c’est beaucoup plus dur ! Ils trouvent mes cheveux tressés « beautiful » (pour une fois que quelqu’un trouve mes cheveux beaux, je le fais remarquer !) et ils sont étonnés de savoir que mon père a dû traverser un océan pour rencontrer ma mère !

Ils pensent qu’il n’y a pas Facebook en Chine parce que le réseau Chinois ne peut pas le supporter. Eux, ils utilisent QQ, tout le monde utilise ce moyen de communication en Chine.

Ils font aussi les 35h (de train hein, pas de travail !) pour aller passer un entretien à Xian. Un Chinois, quand ça veut un boulot, ça sait se donner les moyens ! Serge (Dassault bien sûr), qui trouve les 35h intéressantes, serait fier d’eux !

Arrivés à Xian, il pleut. Ils nous disent qu’un parapluie est indispensable à Xian ! Ils nous emmènent au supermarché pour en choisir un de bonne qualité pour nous, et ils nous l’offrent ! Vraiment super sympas, très serviables et une volonté d’en apprendre sur nous.

Le voyage de 42h au total aura été assez éreintant, normal, mais nous aura définitivement convaincus que les Chinois gagnent à être connus et que bien souvent c’est l’unique barrière de la langue qui provoque une incompréhension mutuelle et donne cette impression d’antipathie réciproque.

Allez, maintenant, reste plus qu’à attendre que nos lits en dortoirs se libèrent pour (enfin !) prendre une douche et aller visiter Xian !